Le tir beursault
La pratique de l’archerie a subit des adaptations depuis ce
qu’elle était au moyen âge jusqu’à devenir un des plus vieux sports Olympiques.
Mais le tir à l’arc, en France, a aussi influencé par l’histoire. Des pratiques
de tir à l’arc actuel ont été fondées en des temps où les archers étaient
honorés pendant des jeux à l’issu desquels le gagnant était proclamé “roi” des
archers de sa cité, le meilleur des archers. Il était exempté d’impôt pendant
une année et devait remettre son titre en jeu l’année suivante.
Malheureusement, les nouveaux rois ne sont plus exemptés
d’impôt mais ils gagnent le respect de tous les autres archers.
Le
tir Beursault ou « tir au Beursault », est issu de ces traditions vivantes.
Ce mot doit rappeler à la fois l’art du tir à l’arc mais aussi une façon de
tirer à l’arc qui est typique à la France.
Le Beursault est autant un bâtiment dédiée uniquement au
tir à l’arc qu’une manière de se comporter au tir à l’arc. En tant que
discipline, il se situe entre le tir à l’arc en salle et le tir en extérieur.
Quant aux bâtiments, vous pouvez voir sur la fig. 1 un jeu
de Beursault typique. Les buttes sont couvertes afin que les archers puissent
tirer sous un abri. De la marque du pas de tir à la butte opposée, la longueur
est de 50 m. La butte maîtresse se trouve habituellement contre le logis dans
lequel les archers peuvent se reposer. C’est habituellement un endroit de
rassemblement pour les archers et on peut y trouver des trophées, des cartes
décorées et des commodités. Aucun archer portant un arc bandé n’est autorisé à
entrer à moins qu’il ne demande clairement à rentrer avec son arc et en ait
reçu l’autorisation. Sinon, il doit le débander avant de rentrer.
Les gardes sont les panneaux de bois verticaux qui empêchent les flèches de passer hors du jeu d’arc.
Ainsi, les gens peuvent marcher sur l’allée des chevaliers sans aucun risque.
Personne, hormis le roi lui-même, ne peut marcher dans l’allée du roi, et sûrement
pas quand quelqu’un tire.
Cependant il y a une exception. Les jeunes archers sont autorisés à se tenir dans l’allée
du roi car ils tirent tout simplement à des distances plus courtes.
Pas mal de jeux ont des doubles buttes comme sur la fig. 2.
Avec cette sorte de tir à l’arc à
« demi-extérieure », les archers peuvent tirer en ville. Paris
possède son propre jeu de Beursault, ainsi que beaucoup de villes et villages
particulièrement autour de Paris et dans le nord de la France où le Beursault
est plus développé que partout ailleurs.
Maintenant que vous possédez une description complète des
bâtiments, nous allons nous intéresser au règles du tir Beursault. Deux types
différents de compétitions peuvent avoir lieu. Une chose est commune aux
deux ; un archer tire seulement une flèche à chaque volée, puis il va à la
butte opposée en empruntant l’allée des chevaliers. Là, il attend jusqu’à ce
que tous les archers de son groupe (habituellement 4 à 6) aient tiré leurs
propres flèches. Les points sont relevés et chaque archer, tour à tour, retire
sa flèche de la butte et tire vers la butte opposée, et ainsi de suite jusqu’à
ce que la compétition se termine. Tirer avec la même flèche nous vient du
passé, quand il était difficile de se fournir en flèches rigoureusement
identiques.
En ce qui concerne le premier type de compétitions, elles
sont régies par la fédération française de tir à l’arc (FFTA). Elles consistent
en 20 haltes (allers-retours), soit 40 flèches tirées. La compétition dure deux
ou trois jours, rarement plus. La compagnie l’organisant doit gérer un grand
nombre d’archers qui tireront par petits groupes. Lorsqu’un groupe finit son
tour, un autre peut prendre sa place. Ainsi, suivant les installations, la
compagnie planifie le passage des groupes pendant plusieurs jours. Des
championnats de Beursault régionaux et nationaux ont lieu une fois l’an.
Avant chaque tour de compétition, quatre flèches (deux
haltes) sont tirées pour le réglage des viseurs. Avant d’armer la première
flèche, les archers sont invités à dire tout haut : « Archers, je
vous salue » ou bien simplement « salut ». Plus qu’une marque
respectueuse de politesse, cela signale qu’un archer va tirer. A la fin du tir
(20 haltes), les archers peuvent faire le salut aux buttes en tirant deux
flèches supplémentaires (une sur chaque butte), ces flèches ne comptant pas
dans le total des points.
En ce qui concerne les points, vous serez sûrement curieux de savoir comment les
scores sont établis. La carte de Beursault est très différente des blasons
FITA. Les scores donnant la victoire sont les suivants :
- plus grand nombre d’honneurs,
- en cas d’égalité, plus grand nombre de points,
- en cas d’égalité, plus grand nombre de chapelets,
- en cas d’égalité, plus grand nombre de Noirs.
La fig. 3 montre en détail où se situent les différentes zones nommées ci-dessus. Les honneurs
sont toutes les flèches en cible. Toute flèche entrant en contact, même le plus
léger, avec le cordon externe ne donne aucun honneur à l’archer. Tout cordon
touché compte pour la zone de point inférieure. Par exemple, le cordon du
chapelet, s’il est touché, ne compte pas comme chapelet ; de plus, ce n’est
pas un 3 qui est gagné mais seulement un 2. Toutes les règles ont leur
exception, ainsi il n’en va pas de même pour les noirs ; si la zone de
noir est atteinte, et même si la flèche touche le cordon séparant la zone à 3
points de celle à 4 points, la flèche compte pour un 4, un chapelet et un noir.
Voir la fig. 4
pour le détail concernant le comptage des points ainsi que pour les diamètres
des cordons principaux.
Pour être qualifiés aux championnats de France, les hommes avec
arc classique doivent faire, au moins, 40 honneurs et 12 chapelets ou 39
honneurs et 15 chapelets Les hommes avec arc à poulies doivent faire au moins
40 honneurs et 20 chapelets. Les femmes avec arc classique doivent faire au
moins 39 honneurs et les femmes avec arc à poulies doivent faire 40 honneurs.
Un autre détail est à considérer : le centre de la carte
Beursault est placé à 1,10 m au dessus du sol. La raison en est aussi vieille
que l’apprentissage du tir à l’arc au moyen-âge. En ces temps, les archers
s’entraînaient en tirant avec le soleil dans le dos puis en face d’eux
(aller-retour ou halte) et ils devaient atteindre une cible placée à 1,10 m du
sol, la hauteur du défaut d’armure d’un adversaire à pied.
Il
existe un second type de compétitions. Elles sont gérées par quelques clubs de
tir à l’arc qui s’appellent compagnies (venant du terme utilisé pour designer
une troupe militaire). Habituellement, les compétitions comportent 30 haltes
soit 60 tirs. Elles peuvent durer des semaines. Généralement, un jour de la
semaine est dédié à la participation des archers à la compétition. Les
résultats sont rendus à la fin d’une période choisie. Chaque archer tente de
remporter le prix au noir.
Une petite carte comportant uniquement le chapelet
et appelée marmot est placée au milieu de la carte ; voir fig. 5. Si un
archer effectue un très bon tir, c’est à dire un noir, le marmot, est enlevé
avec la flèche plantée dedans. Elle est donnée à l’archer qui doit dire :
« merci Chevalier ». Puis, le marmot sur lequel le nom de l’archer
est inscrit sera comparé avec les autres collectés jusqu’à la fin du concours.
Chaque archer peut avoir plusieurs marmots. Plusieurs archers peuvent gagner,
un pour chaque type d’arc : par exemple, arc classique, arc à poulies et
arc nu. La règle est déterminée par la compagnie. L’archer utilisant un type
d’arc et qui a l’impact de flèche le plus proche du centre représenté par une
croix gagnera le prix. Généralement, il y a aussi un prix spécial dans lequel le
meilleur score (comme expliqué plus haut) est récompensé.
Les compétitions de Beursault sont imprégnées de respect,
de politesse et de sérénité. Les archers n’y sont plus des adversaires, ils
sont une grande famille ressemblée autour du Beursault pour honorer l’art du
tir à l’arc.
Cécile Lafaurie
Archers, salut !